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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 10:16


Le livret A nous aura fait rêver l'espace d'un été, le temps qu'on nous annonce
que le miracle ne durerait pas. Et, des 4 % nets d'impôt brièvement offerts,  sa rémunération est vite retombée à 2,5 %. Et déjà une nouvelle baisse nous est
déjà promise ! "There is no free lunch", comme disait Milton Friedman. Et pour 
voir ses capitaux grassement rémunérés, il y a un prix... la peur !





Prenez le cas de Pages Jaunes. Ce vénérable éditeur d'annuaires est une institution dans notre pays et dispose sans doute auprès du grand public d'une image de solidité à toute épreuve. Il en va autrement dans la communauté financière, même si la direction a décidé de maintenir le dividende annuel à 0,96 euros. Pour toucher ce pactole le 23 juin prochain, il de payer 6,50 euros - le cours actuel de l'action - ce qui donne un rendement de près de 15 %. Certes, personne ne vous promet qu'il sera identique l'an prochain et le management laisse même entendre le contraire en anticipant une marge brute opérationnelle comprise entre 500 et 540 millions d'euros en 2009, contre 552 millions l'an dernier. Une baisse des résultats à prévoir, certes, rien de dramatique cependant.

Oui, mais le marché a la trouille, car Pages Jaunes a le parfum vénéneux des LBO : la société est endettée à hauteur de 1,9 milliard d'euros et le chiffre n'a pas diminué en 2008. Et son actionnaire (le fameux fonds KKR, via Médiannuaire) n'est guère mieux loti. Son véhicule coté KKR PEI, négocié à la Bourse d'Amsterdam, a ainsi reculé de 23 à 2 dollars en 2 ans.

La panique qui saisit actuellement les investisseurs concerne à peu près toute la cote, mais elle semble particulièrement prégnante dans les fameux secteurs TMT (technologie, médias télécoms), si adulés au début de la décennie. Malgré son net rebond aujourd'hui, l'éditeur de logiciels de gestion Cegid en témoigne, avec un cours en baisse de 67 % en un an. De quoi susciter quelque effroi chez les investisseurs "collés" avec le titre. Mais ceux qui auront l'audace d'acheter au cours actuel auront, là aussi, une récompense à la hauteur des nuits sans sommeil qu'ils peuvent craindre. Le 19 mai prochain, le dividende, maintenu à 1 euro, leur servira une rémunération d'environ 12,5 % (sur la base d'un cours qui flirte avec les 8 euros). L'avenir s'annonce plus flou, la société consacrant une moitié de son communiqué de presse à détailler ses perspectives sans en tirer de conclusions très nettes, si ce n'est qu'elle estime à 120 millions d'euros la partie "récurrente" de son chiffre d'affaires, soit la moitié de son activité. Ce qui devrait permettre à Cegid de supporter son taux d'endettement un peu élevé (53,6 % des fonds propres à fin 2008). 

Le rendement érigé au rang de trouillomètre ? Pourquoi pas ? On pourrait multiplier les exemples. Avec un cash flow organique de 8 milliards d'euros en 2008 et une prévision similaire en 2009, France Télécom reste une belle machine à créer de la richesse. Et allons-nous arrêter de téléphoner ou de surfer sur Internet sous prétexte que c'est la crise ? L'opérateur historique continue tranquillement de diminuer son endettement, jadis problématique, et sert à ses actionnaires un rendement de 8 %.

Dans la famille des "7 %", on trouve d'autres grands noms de l'industrie française. Bouygues ne connaît certainement pas une conjoncture florissante dans tous ses métiers, mais ce holding diversifié (construction, médias, téléphonie, énergie) reste une valeur sûre. Et que dire de Vivendi, qui tire 70 % de son chiffre d'affaires de businesses fondés sur l'abonnement, augmente cette année son dividende de 1,30 à 1,40 euro, et promet une "forte progression" de son bénéfice d'exploitation cette année, notamment grâce à l'intégration de Neuf Cegetel à SFR.

Dans les années fastes, il avait été ringardisé par des notions beaucoup plus floues, comme la "création de valeur pour l'actionnaire". Cette année, le très tangible dividende refait surface et, en le rapportant au niveau de cours observé sur des grands noms de la cote, on prend la mesure de la peur que nourrit la finance d'aujourd'hui à propos de demain.

Mais la palme du dividende le plus symbolique de l'année revient sans conteste à.... Eurotunnel ! Et pour cause : c'est la première fois, dans son histoire fort tourmentée, que l'exploitant du fameux tunnel trans-Manche en verse un. Ce dividende-là n'est pas le salaire de la peur. Ce serait plutôt la médaille du courage.





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