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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 08:54

Montera, montera pas ? Les espoirs suscités par l'euphorie qui entoura le titre au premier semestre 2006 semblent bien loin. Depuis près d'un an, Netgem s'est installé sous la barre des 2 euros et semble avoir toutes les difficultés du monde à s'en affranchir à nouveau.

Certes, les actionnaires du petit équipementier télécoms peuvent se consoler en se rappelant que le parcours du titre en un an (-10%) témoigne d'une nette surperformance par rapport au marché (le CAC 40 a abandonné 40 % sur la période). Mais, tout de même, l'électroencéphalogramme quasiment plat du titre a de quoi décevoir, lorsqu'on le met en parallèle avec les derniers chiffres financiers de la société.

Jugez-en par vous-même ! En 2008, le chiffre d'affaires a atteint 100 millions d'euros, soit un bond de 42%. Et le déclenchement de la crise financière a-t-il ralenti cette course folle ? Pas du tout. Au contraire, la croissance s'est envolée au dernier trimestre 2008, atteignant 172% ! Quant au résultat net de Netgem, il a plus que doublé l'an dernier, à 19,9 millions d'euros (+110%).

Alors que la plupart des sociétés cotées voient leur cours remonter dès lors que la baisse de leur chiffre d'affaires est moins prononcée que ce qu'on attendait, Netgem stagne malgré la poursuite de sa chevauchée fantastique. Au premier trimestre, ses facturations ont encore bondi de 55% à 37,4 millions d'euros.

Vous vouliez une cerise sur le gateau ? La voici : Netgem est une société au bilan ultra-solide, riche d'une trésorerie nette de 26 millions d'euros à fin 2008, ce qui souligne encore plus sa très faible valorisation. En déduisant cette trésorerie de la capitalisation boursière actuelle, on obtient une valeur d'entreprise de 40 millions d'euros, soit seulement 2,7 fois le bénéfice d'exploitation 2008. Une misère, surtout au vu de l'hypercroissance actuelle de la société.

Alors, qu'est-ce qui cloche ? S'il est vrai que Netgem semble parfaitement insensible à la crise, la croissance actuelle est essentiellement imputable à un événement microéconomique intervenu courant 2008 : le rachat de NeufCegetel par l'opérateur mobile SFR, qui était auparavant un des deux principaux co-actionnaires de l'opérateur internet mais a désormais fusionné avec lui, après avoir déjà racheté Tele2 France. NeufCegetel, SFR, Tele2 : les trois principaux clients de Netgem n'en sont désormais plus qu'un ! Le problème, c'est qu'en 2007, ils représentaient 90 % des livraisons de Netgem, qui leur fournit des "box" permettant de recevoir la télévision via internet.

On peut donc se poser la question de savoir si SFR n'aura pas intérêt à terme à développer une technologie en propre, coupant ainsi Netgem de sa principale source de revenus. Improbable, à en croire Joseph Haddad, Pdg de Netgem, qui pense les solutions de sa société compétitives ! Et l'année 2009 s'annonce certes brillante.

Explication. A fin 2008, SFR revendiquait un parc de 3,9 millions de clients internet haut débit (issus dans leur écrasante du rachat de NeufCegetel) : un chiffre conséquent mais encore très inférieur aux 19,6 millions de clients de son activité de téléphonie mobile. Pour l'opérateur, l'objectif de l'année 2009 est clair : convertir le maximum de clients mobiles SFR à l'offre internet du groupe. Cette stratégie était déjà en place - et avec succès - au dernier trimestre 2008 : SFR a recruté sur la période 149.000 nouveaux abonnés internet, dépassant largement la performance d'Iliad/Free (environ 100.000), qui était traditionnellement meilleur que Neuf à ce jeu. Ce seul chiffre contribue grandement à expliquer la formidable croissance de Netgem en fin d'année dernière.

Le potentiel de développement de SFR sur internet reste important, on l'a vu, et le chiffre d'affaires de Netgem suivra, du moins cette année. Mais s'il est improbable que SFR change de fournisseur à court terme, il semble plus crédible en revanche qu'il impose à Netgem, en sa qualité de client ultra-dominant, des pressions sur les prix de plus en plus fortes. Lui-même subit les pressions constantes du régulateur des télécoms pour une baisse des tarifs (appels internationaux, SMS,...) et pourquoi se gênerait-il au vu de l'excellente rentabilité de Netgem ?

Pour ce dernier, l'enjeu est donc de pouvoir se dégager de cette dépendance clients porteuse à court terme, mais dangereuse à moyen terme. Et comme il sera difficile à Netgem de trouver un autre client significatif dans les télécoms en France, cela passe notamment par la vente de ses solutions technologiques l'international, où la société n'a rien démontré de probant jusqu'ici. Au contraire, la part du chiffre d'affaires réalisée à l'étranger est tombée de 7,1% en 2007 à 3,9% en 2008 et... 1% au premier trimestre 2009.

Autre axe stratégique, né du rachat de Glowria/Videofutur : la distribution de contenus cinématographiques. Cette migration du métier de prestataires technique à celui de distributeur de médias va dans le sens de l'histoire des télécoms, mais la bataille s'annonce rude. L'activité "contenu et service" représente aujourd'hui un peu plus de 10% des facturations du groupe mais n'est pas encore au seuil de rentabilité. La développer est certainement le principal challenge actuel pour Netgem.

En attendant, les actionnaires patienteront avec le versement prévu d'un premier dividende cette année (0,10 euro par action). Compte tenu de la faiblesse du cours, cela représente un rendement appréciable de 5,5 % !

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commentaires

E
Merci de ce com'.<br /> <br /> Netgem, du pour, du contre, et à la fin de l'article toujours cette question... acheter ou pas ! Dilemne, dilemne, quand tu nous tiens !!!
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P
voilà une synthèse que j'aime bien.<br /> Elle exprime une situation réaliste.<br /> Elle mets en avant l'essentiel des atouts de la société sans minimiser les risques liés à la dominance du client principal.
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