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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 21:19

Moi 0615Il y a quelques semaines, cette société a valu jusqu’à 2 milliards d’euros en Bourse. Aujourd’hui, elle ne vaut sans doute plus rien et va finir en liquidation judiciaire. L’affaire Gowex, du nom de ce fournisseur de réseaux wifi espagnol dont le patron vient d’avouer avoir falsifié les comptes, ne manquera pas de servir d’exemple à tous les détracteurs de la « Bourse-casino ». Mais elle soulève d’autres questions. Car les actionnaires de la société défaillante avaient été prévenus, avant même la ravageuse étude publiée le 1er juillet par le mystérieux cabinet Gotham City Research.

 

L'affaire Gowex n'a surpris que les malentendants

On passera donc vite sur le cas de ceux qui ont eu l’audace, pour ne pas dire la bêtise, d’acheter le titre APRES la publication de l’étude, qui fournissait tout de même à qui la parcourait même rapidement un bon nombre de faits troublants, dont certains parfaitement vérifiables sur les documents même de la société Gowex. Mais des actionnaires plus anciens avaient eu l’opportunité d’écouter des mises en garde comme celle de Thierry Folcher de Trading & IPO, publiée le 13 mai 2014, qui s’étonnait que Let’s Gowex ait plus de revenus que son concurrent Boingo avec moins de spots wifi déployés, ou bien évidemment celle de Sébastien Faijean, d’ID Midcaps, sur BFM, trois jours plus tard (lire notre article précédent), rappelant la valorisation astronomique de la société et jetant le doute sur les normes comptables espagnoles utilisées par Gowex en lieu et place des fameuses IFRS.

 

Quand l'enthousiasme bride l'esprit critique

Oui, les clignotants d’alerte existaient sur le titre. Encore fallait-il accepter de les lire. Or, dans la jungle de l’internet boursier, dès qu’on ose avancer un argument négatif sur le forum relatif à une valeur, le concert de noms d’oiseaux démarre. Anonymement planqués derrière leurs écrans, une cohorte d’ignorants patentés se mettent à qualifier d’incompétents, de loosers, ou encore d’ « ânes à liste » (ô, le beau jeu de mot que voilà) tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, oubliant qu’ils sont parfois des professionnels reconnus, n’ayant certes pas la science infuse mais au moins le mérite d’avoir épluché quelques centaines de business models au cours de leurs années d’exercice. Et surtout, on ravale ces « empêcheurs d’être optimiste en rond » au rang de « bashers », un mot à la mode que je déteste à peu près autant que « selfie », tant il me semble que les mots de « critique » ou d’ « autoportrait » permettent de manipuler les mêmes idées tout en continuant à parler français.

 

Mieux vaut douter que rêver les yeux fermés

En analyse financière, le doute fait partie du jeu et il faut savoir remettre en cause ce qu’on a cru, devant l’évidence des faits. On peut anticiper, croire, espérer, mais lorsque l’on se prend à rêver, la chute n’est plus qu’une question de temps. Il est assez symptomatique de voir certains habitants des forums bousiers tout bonnement conseiller aux critiques d’aller voir ailleurs, puisqu’ils n’aiment pas la valeur concernée. Quoi ? Un forum boursier ne serait donc qu’un club de supporters destiné à crier fort « allez allez » pour que leur valeur fétiche gravisse le col de la Plus-Value jusqu’au sommet comme un grimpeur du Tour de France ? J’ai du mal comprendre le principe, moi qui croyais qu’il y avait là un lieu d’échanges destiné à partager des arguments permettant soit de valider soit d’infirmer la pertinence de l’investissement.

 

Au lieu de « basher » les « basheurs », peut-être faut-il se nourrir de leurs arguments, remettre cent fois, mille fois sur le métier l’ouvrage et s’adonner à ce doute parfois salvateur. Quant aux ruinés de Gowex, j’en suis navré, mais je n’ai pour eux ni larmes, ni fleurs, ni couronnes. Car ils ont été victimes d’un véritable cas d’école : une société au métier somme toute assez banal, à la croissance miraculeuse, à la valorisation astronomique, sur laquelle les signaux d’alerte s’allumaient. On a le droit de croire aux miracles, mais alors il faut rentrer dans les ordres, pas jouer en Bourse.

 

Emmanuel Schafroth

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Published by Newsfinance - dans Humeurs
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