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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 13:00

1280px-Flag_of_the_Chinese_Communist_Party.svg.pngDans le petit monde de Jean-Luc, tout est propre et net, chaque chose est bien à sa place. D'un côté, les gentils travailleurs opprimés, de l'autre les grands méchants loups du capitalisme, fourre-tout bien pratique où l'on empile dans le désordre le plus parfait les patrons, les traders, les actionnaires et les agences de notation. On ajoute une pincée de marketing bien senti, comme cette belle stupidité consistant à apporter des andouillettes AAAAA aux employés de Moody's France en leur criant : "agences de notation, agences de récession". Une "action non violente et symbolique", selon Leila Chaibi, passé du NPA au Front de gauche, sans doute plus "tendance" aujourd'hui que la bande à Besancenot. Symbolique, oui, mais de quoi ? De l'intrusion croissante du marketing à deux balles dans la politique ?

Il est vrai que de ce côté-là, les dernières années nous ont comblés : un président nous a fait le coup de la fracture sociale sans démontrer vraiment ses qualités de traumatologue, puis on a eu droit au candidat de la rupture, opposé à une linguiste diplômée imposant le mot "bravitude" dans le dictionnaire. Un parti d'extrême-gauche s'est donné une nouvelle jeunesse en empruntant les initiales d'une émission phare de Canal+ (plus sexy que Lutte ouvrière, c'est sûr!) pendant que François Bayrou se la jouait "geek attitude", lançant à contre-temps son Modem, appellation technophile ringarde alors que les internautes ne jurent plus que par les "box". Il ne manquerait plus que le FN se rabaptise "Les gars de la Marine" et le tableau serait complet !


Oui, à force de se nourrir de symboles, de coups de pub et de buzz, la politique semble avoir perdu le contact avec la réalité. Une réalité nécessairement plus complexe que les concepts idéologiques. En guise d'exemple anecdotique, signalons que sur le site officiel de Jean-Luc Mélenchon, général en campagne qui rêve de "nouvelle frontière", d' "artillerie lourde" et de "marche vers le Capitole", on vous propose aussi d'acheter en ligne ses livres. Et voilà que, par la grâce des liens hypertextes, vous vous retrouvez en un clic sur le site de la FNAC, présidée par Alexandre Bompard (un proche de Sarkozy !) et détenue par (oh mon Dieu...) François Pinault, 59ème fortune mondiale et capitaliste notoire. Que le monde est petit !


Oui, la réalité est forcément complexe et, qui pis est, elle subit parfois une distortion qu'on appelle subjectivité. Lorsqu'on parle de gros sous, le camarade Jean-Luc Mélenchon, et il n'est certes pas le seul, préfère aussi qu'on parle... des autres ! Il n'a visiblement pas apprécié que L'express publie l'état de son patrimoine, lequel révèle un profil un peu différent de ce "plébéien" décrit complaisamment par sa récente biographie. Entre une résidence secondaire dans le Loiret et un appartement parisien de 76 mètres carrés près de la gare de l'Est, notre prolétaire en chef "pèse" environ 760.000 euros (soit 5 fois le patrimoine médian des ménages français), tandis que son salaire de député européen de 6.200 euros nets est somme toute assez confortable. Ce serait évidemment gênant pour Mélenchon que le petit peuple ignorant comprenne combien l'anti-capitalisme peut être un business juteux.

 

Dès lors, on comprend ses pudeurs de jeune fille lorsqu'on évoque le thème de la transparence des revenus ou du patrimoine des élus, transparence qu'il qualifie d' "exigence névrotique", ajoutant qu'il n'est pas "un homme public, mais un homme privé avec des activités publiques". Ah oui, bien sûr, ne Mélenchon pas tout ! Seulement voilà, l'argent qu'il tire depuis des années de sa carrière politique est tout ce qu'il y a de plus public, lui. En somme, les élus touchent les dividendes de la démocratie. Pourquoi ceux qui représente la Nation (ou l'Europe, que Mélenchon fustige mais qui le nourrit grassement) ne devraient-ils pas rendre des comptes à ceux qui les payent ? Il serait légitime que le peuple, au pays des cumulards, sache qui touche quoi dans le domaine public. Et cette transparence pourrait toucher d'autres thèmes que l'argent, histoire, par exemple, de mettre en rapport le salaire des députés avec leur taux de présence aux séances de l'Assemblée nationale ! 

 

Le monde politique, sur ce plan, pourrait bien s'inspirer de ce capitalisme tant honni par notre gauchiste-caviar national. En me replongeant récemment dans le visionnage (merci l'INA !) de la 100ème émission de "L'Heure de vérité", j'ai réalisé le bond parcouru par le monde financier en matière de transparence depuis une vingtaine d'année. C'était le 2 octobre 1989 et l'invité était Antoine Riboud, fondateur de BSN (l'actuel Groupe Danone). Une affaire faisait alors grand bruit : la révélation, contre son gré, du salaire du patron de Peugeot par le Canard Enchaîné. Interrogé sur le sujet, Antoine Riboud, en communicant né qu'il était, commence par dire qu'il ne trouve pas cela bien de dévoiler ce genre de choses, avant d'enchaîner en révélant ses propres revenus ! Aujourd'hui, c'est une chose non seulement admise mais obligatoire, le salaire des mandataires sociaux des entreprises cotées en Bourse est du domaine public et se retrouve, avec un luxe de détails (part fixe, part variable, stock options, avantages en nature) dans le rapport financier annuel de l'entreprise.


Alons, Monsieur Mélenchon, si les patrons l'ont fait, ne pouvez-vous pas le faire ? "Je suis aussi favorable à 100% au contrôle du patrimoine des élus par un organisme indépendant, à la condition qu'il soit spécialisé et astreint au devoir de réserve", nous dites-vous. Autrement dit : le pognon des politiques ne regarde personne. Un monde politique conçu comme une caste, vivant par et pour lui-même ? C'est peut-être votre rêve, mais c'est mon cauchemar !

Emmanuel Schafroth

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Published by Newsfinance - dans Humeurs
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