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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 13:21

Décidément, on dirait que Bernard Arnault et le web, ça fait deux. Le patron de LVMH serait en train de lâcher son nouveau joujou internet, Rentabiliweb. Retour sur quelques amours contrariées d'un grand patron avec les nouvelles technologies.

Il y a 10 ans, en effet, on aurait pu croire que le roi du luxe allait devenir un prince du Net. Bernard Arnault venait alors de mettre sur pied un holding dédié aux investissements dans les nouvelles technologies et baptisé Europ@web (avec le fameux arobase au milieu pour assurer une crédibilité sans faille!).

Via ce véhicule, le milliardaire fit alors feu de tout bois, sans jamais réussir à convaincre. En 2000, alors que le marché boursier s'étoffe chaque jour d'une nouvelle valeur internet - vraie ou fausse - et que l'exubérance est à son comble, Bernard Arnault ne manque certes pas le coche en introduisant en Bourse à la mi-mars le fournisseur d'accès internet Liberty Surf, filiale commune de Europ@web et du distributeur britannique Kingfisher. En dépit de tout bon sens - et du droit boursier -, Liberty Surf, qui n'a même pas un an d'existence, fait son entrée directement au Premier Marché de la Bourse de Paris. La valorisation est astronomique ! Au prix finalement retenu (41 euros par action), l'entreprise vaut alors 3 milliards d'euros avant augmentation de capital, soit 150 fois le chiffre d'affaires 1999 pro forma. Mais pas pour longtemps !

La société ayant été introduite exactement au sommet de la bulle internet, son histoire boursière se confond avec celle de l'éclatement de ladite bulle. L'aventure tourne court très vite avec le rachat par Tiscali, début 2001, qui ne valorise déjà plus l'entreprise qu'à un peu moins de 10 euros par titre, l'essentiel étant d'ailleurs payé en monnaie de singe... c'est-à-dire en actions Tiscali. La sortie définitive de la cote n'interviendra qu'en septembre 2005 pour Liberty Surf, avec une procédure de retrait obligatoire à... 2,78 euros !

Peut-être se souvient-on aussi de Zebank, un des pionniers de la banque en ligne en France. Un pionnier, mais un vrai fiasco ! Inaugurée en 2001, Zebank aurait englouti 150 millions d'euros d'investissement, avant d'être cédé en 2002 à la filiale de Egg, laquelle, faute de réussir à percer en France, fut finalement revendue à la Banque Accord (groupe Auchan).

Pour la présidence de Zebank, Bernard Arnaultavait choisi une personnalité en vue du monde des affaires : énarque et inspecteur des finances, Philippe Jaffré est connu pour avoir présidé aux destinées d'Elf Aquitaine entre 1993 et le rachat par Total en 2000. Pas vraiment le profil du web-entrepreneur, donc ! Le nom de Zebank ne manquait pas d'humour, mais l'humour n'est pas nécessairement la première qualité qu'on demande aux gens à qui on confie sa fortune ! Et face aux infortunes de Zebank, les journalistes qui, comme chacun sait, sont de méchantes gens, eurent tôt fait de rebaptiser l'entreprise... Zecatastrophe, Zefaillite !

L'aventure eLuxury, elle, aura duré plus longtemps. Lancé en 2000, le site de distribution en ligne de marques de luxe fermera finalement en juin 2009. Voila encore un exemple de pionnier qui a acheté sa pioche parmi les premiers, mais n'a jamais vraiment réussi à découvrir de l'or ! Le quotidien Women' s Wear Daily note alors que "le site n'a plus de raison d’être puisque de nombreuses marques ont désormais une présence significative en ligne". Une jolie périphrase pour éviter le mot "échec" ! Censé devenir un magazine en ligne, eLuxury a pour l'heure disparu de la toile.

Sans doute lassé de ses échecs en série, Bernard Arnault a cru trouver la poule aux oeufs d'or en rencontrant JBDV : Jean-Baptiste Descroix-Vernier !

Patron de Rentabiliweb, celui-ci appelle ses employés des ninjas, habite sur une péniche à Amsterdam et est venu à la réunion d'introduction de sa société, fin 2006, habillé en kilt et accompagné de son pitbull. Un véritable entrepreneur nouvelle génération, pour le coup !

En juin 2007, Bernard Arnault est ainsi entré au capital de Rentabiliweb, dont un des administrateurs n'est autre que Jean-Marie Messier, ex-grand patron également en mal de web-credibility ! C'est alors que le holding via lequel JBDV contrôle son entreprise a changé de nom, Golden Glawis (sic) devenant Saint-Georges Finance. Ca fait tout de même plus sérieux !

Mais voilà que Rentabiliweb commence à faire des siennes ! L'entreprise est certes rentable (6,7 millions d'euros de bénéfices en 2008), à défaut d'être très transparente sur son activité réelle, et notamment la part des sites adultes dans le chiffre d'affaires. Mais la distribution ratée de billets de banque dans les rues de Paris par Mailorama, filiale de Rentabiliweb, a de nouveau fait désordre, fin 2009. L'initiative, ardemment défendue par le philosophe de salon Bernard-Henri Lévy, qui se dit au passage l'ami de JBDV (sic!), semble avoir déplu au patron de LVMH.

Comme Stéphane Courbit (ancien patron d'Endemol), Bernard Arnault va céder une partie de ses titres à l'occasion de l'opération mixte (augmentation de capital et cession de titres existants) que vient de lancer Rentabiliweb. A la tête de cette entreprise spécialisée dans la monétisation d'audience, JBDV n'oublie pas de monétiser pour lui-même : il va céder quelque 780.000 titres à l'occasion de cette opération, ce qui devrait lui rapporter 5,5 millions d'euros environ. N'est-ce pas le début des "golden glawis" qui lui font tant envie ?

Quant à Bernard Arnault, il pourra toujours se consoler avec sa participation de 9% dans Seloger.com. Même sur internet, l'immobilier, c'est du solide !








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Published by Newsfinance - dans Humeurs
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