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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 10:55

C'était il y a un an ! Lehman Brothers, une des institutions financières les plus respectées du monde, pulvérisait un record détenu depuis juillet 2002 par l'opérateur de télécoms Worldcom, celui de la plus grosse faillite de l'histoire du capitalisme : 691 milliards de dollars d'actifs partis en fumée !

Le laissez-faire des autorités américaines n'allait pas tarder à être considéré universellement comme une faute majeure, fragilisant un grand nombre de banques dont les activités étaient fortement imbriquées avec celles de Lehman, à la manière d'un chateau de cartes qui ne tardait pas à s'effondrer.

La crise des subprimes déferlait alors, permettant aux établissements les plus sains de racheter à bon compte les concurrents défaillants, ce que fit le britannique Barclays en acquérant certains actifs américains de Lehman pour 1,75 milliards de dollars.

Et ne voilà-t-il pas que Lehman, ou ce qu'il en reste, poursuit Barclays en justice pour "profits indus" tirés de ce rachat à bon compte. Certes, l'acquisition des restes fumants de Lehman par Barclays peut être taxée de très opportuniste. Mais cet opportunisme-là ressemble à un sauvetage. Celui des dirigeants de Lehman, qui a consisté à profiter de la réputation sans faille de cette banque d'affaires pour contaminer la planète finance avec des produits pourris, est sans doute encore plus détestable et plus dangereux que celui d'un Madoff. Ne confondons donc pas le pompier et l'incendiaire !

Sont notamment réclamés à Barclays deux milliards de dollars de primes qui auraient été promis aux anciens salariés de Lehman. C'est sans doute cela qu'on appelle une prime à la casse !

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 11:10

"Si je me suicide ou que je meurs dans un accident de voiture dans les trois prochains mois, vous saurez que la menace était réelle." Dans un entretien accordé à The Economist, Xavier Niel prouve une nouvelle fois qu'il a plus le sens du théatre que celui de la mesure.

On peut reconnaître au patron d'Iliad une chose : la grande réussite de sa filiale Free dans l'internet haut débit démontre à l'évidence, et de manière spectaculaire, son talent d'entrepreneur ! Sorti de nulle part, il a réussi à capter un quart de ce marché qui semblait pourtant conquis d'avance par les grands opérateurs télécoms en place.

Avec un tel statut - le petit luttant contre plus fort que lui -, l'entreprise aurait pu mériter le surnom d'Astérix des télécoms. Oui mais voilà, il y a un revers à la médaille ! Le visionnaire Xavier Niel est doté d'un bien curieux caractère, qu'il semble avoir insufflé à toute son entreprise : un orgueil qui finit par ressembler à de l'arrogance et une victimisation systématique qui confine à la paranoïa.

Pour un journaliste, écrire sur Iliad en des termes critiques, c'est prendre le risque de se voir littéralement "convoqué" au siège de la société pour s'y entendre inculquer la vérité vraie. Et se voir au passage accusé - un comble ! - d'être "trop sensible au lobbying de la concurrence"...  chez Free, on ne plaisante pas avec la pravda officielle !

Parfois, les choses vont plus loin, et l'on peut rappeler ici l'arrestation plutôt musclée, le 28 novembre 2008, de Vittorio de Filippis, ancien directeur de la publication de Libération, interpellé chez lui à 6h40 du matin pour "diffamation publique envers un particulier". Le particulier en question s'appelait Xavier Niel et Libération avait relaté ses démêlés avec la justice (des accusations de proxénétisme aggravé à propos desquelles il fut finalement blanchi).

Même Frédéric Lefebvre, le pitbull présidentiel, habituellement peu porté à la compassion, avait jugé l'affaire "surréaliste". Mais on n'a pas forcément fait le lien à l'époque entre le caractère inhabituel d'une telle procédure policière (pour un délit ne relevant même pas de la prison) et la personnalité de la "victime".

Ce statut de victime, Iliad le revendique toujours face à des concurrents. Ceux-ci - il est vrai - ne font preuve d'aucune aménité à son égard. Croire que Vivendi ou France Télécom seraient capables de s'entendre pour éviter que la quatrième licence de téléphonie mobile n'échoie à Free ? Pourquoi pas ! Mais imaginer sérieusement Jean-Bernard Lévy ou Didier Lombard négociant avec un tueur à gage le prix de la peau d'un concurrent !!!! Est-ce bien raisonnable, Monsieur Niel ?

Si jamais vous apprenez que l'auteur de ces lignes est mort dans un accident de voiture...

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 09:28

Détestées, après avoir été adulées ! Tel est le sort commun à de nombreuses small caps. Qui se souvient encore des ambitions de Cibox Interactive et de son patron Yaacov Gorsd ? Au début de la décennie, il rêvait pourtant de devenir un des ténors du web et certains croyaient que ce statut était à la portée d'un simple assembleur de PC. Ex-star du second marché, la société est toujours cotée, mais capitalise aujoud'hui moins de 10 millions d'euros. Elle est revenue à des ambitions plus raisonnables... sans son fondateur, parti depuis longtemps sous d'autres cieux !

On pourrait multiplier les exemples dans le secteur des technologies (Valtech, Umanis,...) mais ce genre de "starisation" suivie d'oubli touche parfois des secteurs traditionnels (on peut ainsi se souvenir du parcours heurté de Léon de Bruxelles en Bourse).

Mais quand le métier est difficile à apréhender, il est tout de même plus facile de s'emballer... puis de céder à la panique. Si l'on vous dit que U10 est spécialisé dans la conception de rayons clés en mains autour de 7 familles de produits, dont les articles de maison, l'ameublement ou les produits de fête, vous aurez sans doute compris que les clients de la société sont des enseignes de distribution. Mais comment mesurer sa réelle valeur ajoutée ?

Certes, entre 2003 et 2007, U10, issue de la fusion de Codico et L3C, a connu un rythme de croissance impressionnant, son chiffre d'affaires passant de 60 à 210 millions d'euros (soit une multiplication par 3,5). On aurait pu s'alarmer que le bénéfice d'exploitation progresse moins rapidement que l'activité, que l'endettement augmente au fil des acquisitions, ou simplement que le groupe ne soit finalement, derrière un habillage marketing réussi, qu'une banale société d'import/export.

Mais non ! On s'enthousiasme au contraire pour ce patron magicien qui fait croître si rapidement son business. Le cours ne cesse de grimper et sera multiplié par 10 entre le plus bas de 2003 et le pic touché en 2006. Le genre de success story boursière dont on aurait envie qu'elle ne s'arrête jamais. Et peu à peu, à trop regarder un passé sans tâches, les investisseurs finissent par basculer du  pur raisonnement financier vers la foi, dangereuse prémisse de la béatitude. Expliquant pourquoi il avait confié à Madoff les 15 millions de dollars de sa fondation, Elie Wiesel n'a t-il pas eu ce cri du coeur : "nous [sa femme et lui] pensions qu'il était Dieu" ? La suite lui a démontré que l'abus de foi est dangereux pour  la santé financière.

Mais revenons à U10, où il n'est pas question d'escroquerie, mais seulement de confiance aveugle. Comme on sait, les arbres ne montent pas au ciel, et il y a bien un moment où le titre baisse. En septembre 2007, on cote déjà 30% au dessous du record historique, mais on peut encore qualifier la baisse de simple consolidation. Mieux, Apax Partners, grande figure du private equity, entre alors au capital aux côtés du fondateur. De quoi calmer les doutes !

Pourtant, la mécanique de la peur est enclenchée. Non sans raison, d'ailleurs ! Fin 2007, la dette financière atteint 56 millions d'euros, soit 82% des fonds propres, et l'horizon s'assombrit. Pour le titre, ce n'est plus une correction boursière, mais un vol en piqué : il sera divisé par 6 au cours de l'année 2008 alors que le chiffre d'affaires n'affiche finalement qu'un recul de 8,8% sur l'année.

Le groupe vient de publier des résultats annuels en perte de 7,7 millions d'euros, essentiellement imputable à une dépréciation d'actifs concernant la filiale espagnole C3M. Une mauvaise passe, pas encore une catastrophe. Oui, mais la foi n'est plus là ! Et cette publication conduit à une nouvelle chute du titre qui, à quelques centimes près, mérite désormais le qualificatif de penny stock.

Sans doute l'entreprise saura-t-elle rebondir. Mais en Bourse, plus rien ne sera jamais comme avant. Désormais, les investisseurs y réfléchiront à deux fois avant d'acheter le titre et le cerveau prendra le pas sur le coeur. N'est ce pas une bonne nouvelle, finalement ?

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 09:39

Est-ce un effet du printemps, du G20 ou du sourire d'Obama ? Allez savoir ! Mais, parler continuellement de la crise, tout le monde semble en avoir assez.... même les journaux de gauche. Prenez la "une" de Libération ce matin, consacrée à "ces entreprises qui ne connaissent pas la crise" ! Le quotidien y liste sept modèles économiques qui résistent à la conjoncture.

On y apprend ainsi que l'activité des opérateurs téléphoniques, fondée sur l'abonnement, est peu sensible au cycle économique que l'automobile, ou que les jeux vidéos et les énergies vertes sont des marchés porteurs. Rien de révolutionnaire, on le voit, et on peut même déceler quelques couacs dans ce dossier. Ainsi, prendre Ryanair comme symbole de la résistance des entreprises low-cost face à la crise n'est sans doute pas le choix idéal ! D'une part, la compagnie aérienne vient d'enregistrer une perte de 101,5 millions d'euros au troisième trimestre de son exercice 2008/2009, à cause d'une hausse des prix du carburant, ce qui est un coût difficilement compressible dans ce métier ; d'autre part, s'il est un secteur dont on peut difficilement dire qu'il reste de marbre face à la crise, c'est bien l'aérien.

Autre surprise, on découvre dans le dossier que France Télécom a enregistré en 2008 un bénéfice de 5,3 milliards d'euros, en baisse par rapport à 2007. On a beau triturer le communiqué de l'opérateur dans tous les sens, on ne voit pas bien d'où vient le chiffre. Soit on se réfère au bénéfice net publié (il est en baisse de 35,4 %, à 4,1 milliards d'euros), soit au bénéfice net "en termes comparables", et c'est un chiffre de 5,2 milliards, en hausse de 13,6 %.

Quelques révélations surprenantes sur Ubisoft, dont le succès serait du à un positionnement "à contre-courant", que le journaliste résume par l'intérêt porté par cet éditeur aux jeux "casual", c'est-à-dire grand public. Sachant que ce concept est la tarte à la crème du secteur depuis deux ans, le point de vue est un peu osé ! Ubisoft ne nage pas à contre-courant, simplement plus vite que la plupart de ses adversaires. Et l'entreprise qui a su "aller à contre-courant", en l'occurrence, s'appelle Nintendo. Avec la Wii, le fabricant de consoles a véritablement réinventé la manière de jouer, laissant ses concurrents Sony et Microsoft se livrer à une surenchère technologique.

Dernière petite précision à l'attention de notre confrère, Ubisoft n'a pas créé la licence Prince of Persia mais l'a rachetée en 2001.

Mais trève de critiques ! Et réjouissons-nous au contraire. Sur le plan de l'information économique, l'élève Libé est en progrès, même si ses copies méritent toujours quelques ratures. Pour lui permettre de s'améliorer encore (envoyez le jingle pub!), nous lui recommandons la lecture régulière de newsfinance.fr. En effet, quand on regarde, comme ici, le monde économique avec l'oeil d'un investisseur, on a forcément tendance à se focaliser sur les choses positives.

Et, à l'heure où une nouvelle pensée unique, clouant au pilori sans distinction banquiers, patrons et paradis fiscaux, semble prendre le pouvoir, réfléchir différemment, c'est forcément salutaire. Alors, merci Libé !

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 08:20

Le séjour de Patricia Russo à la direction générale d'Alcatel-Lucent aura été court, mais fort rentable ! Il aura en tout et pour tout duré moins de deux ans, son contrat de travail ayant démarré au 1er janvier 2007 et son départ forcé datant du 15 septembre 2008.

Au titre de ces deux années, l'influente "executive woman" a touché une rémunération cumulée de 10,1 millions d'euros (hors stock options). Et "Pat" a même réussi un tour de force à faire rêver n'importe quel salarié ayant déjà eu l'occasion de négocier des indemnités de licenciement. La prime de départ de 6 millions d'euros touchée par madame Russo représente à elle seule près de 60 % de toutes les sommes qu'elle a perçue au cours de sa "carrière" chez Alcatel.

Une juste récompense des belles performances de l'équipementier télécoms sur la période... un plongeon boursier de 70 % et 8,7 milliards d'euros de pertes cumulées en 2007 et 2008 !

Autre partant de l'année 2008, le dirigeant "historique" (certains diront "préhistorique"), Serge Tchuruk. le président sortant a touché l'an dernier 83 352 euros. Une misère... essentiellement composée de jetons de présence. Mais qu'on se rassure tout de suite ! En 2007, en abandonnant la direction générale à Pat Russo, monsieur Tchuruk avait déjà touché son pactole, au titre des engagements souscrits par la société à son égard, dès son arrivée en 1995.

Ceux-ci tenaient en une formule toute simple, l'accord prévoyant "
le versement d’une indemnité égale à deux fois la moyenne des deux rémunérations annuelles, fixes et variables, les plus élevées perçues pendant une période de 5 ans précédant [la] cessation de fonction." C'est beau comme une notice de fonds garanti ! Mais le résultat de la formule est encore plus beau : Serge Tchuruk a touché près de 5,7 millions d'euros pour son vrai-faux départ de 2007.

En revanche, il ne pourra sans doute jamais exercer les 800.000 options de souscription d'actions qui lui restent. Elles sont exerçables pour moitié à 13,20 euros et pour moitié à 40 euros, à comparer à un cours actuel de 1,50 euro pour Alcatel-Lucent !

Voilà en tout cas une société où on reste généreux avec les dirigeants ! S'il ne bénéficie pas d'un parachute doré, le nouveau directeur général du groupe, Ben Verwaayen, percevra - comme Patricia Russo avant lui - une rémunération annuelle fixe de 1,2 million d'euros. Le bonus qu'il touchera, calculé en fonction des performances en matière de chiffre d'affaires, de résultat et de génération de trésorerie, pourrait lui permettre de quadrupler cette somme. Et comme on est allé le recruter au bout du monde (il est néerlandais), cela mérite bien une petite prime d'impatriation... de 10.000 euros par mois !

Ben Vermaayen, embauché à compter du 15 septembre dernier, a ainsi touché 385 000 euros sur l'exercice 2008. Le conseil d'administration lui proposait aussi un petit bonus supplémentaire (150 % de son salaire de base, avant même d'avoir eu le temps de faire ses preuves !). Il aurait pu ainsi empocher 525.000 euros supplémentaires l'an dernier.

Dans un contexte où le mot "bonus" n'a pas bonne presse, il a préféré refuser ce généreux cadeau de bienvenue. Cela témoigne d'un certain bon sens... et peut-être même d'honnêteté !



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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 09:16

Notre président nous l'avait bien promis, on allait voir ce qu'on allait voir ! En ce qui concernait les paradis fiscaux, les hedge funds ou les agences de notation - tous jetés pêle-mêle dans le grand panier des responsables de la crise financière -, il serait inflexible. Et il faudrait que le G20 prenne des décisions sans concessions sinon - ni une, ni deux - Nicolas Sarkozy quitterait la table des négociations avec fracas.

Sans doute trop occupé à faire ami-ami avec la Chine sur le dos du Tibet, notre président a oublié de partir de ce méga-sommet dont, pourtant, il ne sort pas grand-chose d'autres que de bonnes intentions.

Prenez les paradis fiscaux ! Le G20 a-t-il décidé de sanctions à leur égard ? On y travaille, nous assure-t-on, mais pour l'instant... rien de concret. Le G20 s'est contenté de demander à l'OCDE de republier la liste déjà bien connue des usual suspects, datant d'une dizaine d'années (la voici).

Cette fois-ci, elle a tout de même été agrémentée de quelques nuances de gris ! Bonne nouvelle : la "liste noire" des grands méchants paradis fiscaux se réduit à quatre pays, ceux qui n'ont pas adhéré aux normes fiscales internationales. Cela nous permet de découvrir que les pires des paradis fiscaux sont la Malaisie, le Costa Rica, les Philippines et l'Uruguay. Avouez que vous l'ignoriez !

Vient ensuite une liste de trente-huit pays (la "liste grise") qui reconnaissent tout-à-fait ces normes intenationales... mais sans vraiment les appliquer ! La liste établit toutefois une subtile nuance entre trente pays méritant le qualificatif de paradis fiscal (les "gris foncé") et huit "autres places financières". Dans la première catégorie figurent l'essentiel des paradis conjuguant avec bonheur faible taux d'imposition, cocotiers et plages de rêve. Et il est vrai que tant le terme de paradis fiscal que sa version anglaise, "tax haven" ("haven" pouvant être traduit selon le contexte par "refuge", "port" ou "oasis"), conviennent à merveille à ces contrées dont les noms résonnent si agréablement : Bahamas, Iles Caïmans, Antigua et Barbuda, Antilles Néerlandaises, Vanuatu - j'en passe, et des plus poétiques.

En revanche, les paradis européens les plus fréquemment montrés du doigt ces derniers temps, la Suisse et le Luxembourg figurent parmi les huit "gris clair", aux côtés de la Belgique et de l'Autriche. "Incompréhensible", a estimé le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. San-Marin, Andorre et Monaco, pourtant classés "gris foncé", semblent, eux, s'accomoder beaucoup mieux de leur statut.

Quant aux principaux pays du G20, ils font évidemment partie des "blancs comme neige". Pourtant, si vous demandez aux acteurs européens du capital investissement quel est le lieu rêvé - fiscalement parlant - pour exercer leur métier, ils vous répondront certainement que c'est la France, ce doux pays des FCPI, FIP et autres holdings ISF qui a su draîner tant d'argent vers les sociétés non cotées à coup de réductions d'impôts.

Que voulez-vous, le paradis, c'est toujours... ailleurs !

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