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Mais que vient faire Cliffs à Paris ? La question mérite d'être posée, car il n'est pas banal de voir une midcap américaine (la société est déjà cotée au New York Stock Exchange et capitalise environ 2 milliards de dollars) s'introduire sur Eurolist.
Au contraire, on a vu ces dernières années beaucoup de sociétés étrangères se "délister" de Paris, faute d'y trouver une liquidité suffisante et, surtout... pour faire des économies. Depuis 2003, plus de 90 sociétés ayant leur siège en dehors de France ont ainsi quitté la place parisienne, et non des moindres, puisqu'on compte parmi elles des noms comme Nokia, IBM, Sony ou encore Nestlé.
Pour comprendre la démarche de Cliffs, il faut d'abord présenter la société. Il s'agit d'un groupe minier essentiellement présent dans la production de minerai de fer (qui représente 80 % des 3,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires réalisés en 2008). Dans les secteur minier, c'est un acteur de taille moyenne, 10 à 20 fois plus petit que les leaders Vale-Rio Tinto ou BHP Billiton. Encore purement nord-américain il y a quelques années, le groupe s'est engagé depuis 2003 dans une politique de diversification tant sur le plan de la géographie (acquisition de mines en Australie, au Brésil,...) que sur celui de l'activité (le charbon représente désormais 12 % du chiffre d'affaires).
Cette internationalisation du groupe explique son besoin de visibilité en dehors de son territoire national et sa volonté de développer un actionnariat européen qui représente pour l'heure 5 % du capital. Pourquoi Paris plutôt que Londres ? "Lorsque nous avons fait les roadshows préparatoires à l'introduction en Bourse, c'est à Paris que nous avons reçu le meilleur accueil", explique simplement Joseph A. Carraba (en photo), Pdg de Cliffs. Pas étonnant pour une place financière plutôt familière du secteur minier, qui a accueilli en son temps le gotha mondial des valeurs aurifères (Harmony Gold et Anglogold y sont toujours échangées) !
Cliffs ne donne pas dans le métal noble, ses capacités d''alchimiste se limitant à transformer le fer... en dollars ! depuis 2004, le chiffre d'affaires a cru en moyenne de 32 % par an et l'entreprise est très rentable. En 2008, le bénéfice net s'est établi à 516 millions de dollars, soit une marge nette de 14 %. La société a été aidée en cela par la bonne tenue du prix du minerai de fer en 2008.
L'exercice 2009 s'annonce plus périlleux, mais Cliffs a des atouts à faire valoir, à commencer par son rang de premier producteur de boulettes de minerai de fer en Amérique du Nord, avec une part de marché de 46 % et des réserves de près d'un milliard de tonnes. Ensuite, la quasi-totalité des ventes se fait au travers d'accords de long terme (six ans en moyenne) avec les producteurs d'acier (US Steel, ArcelorMittal, etc). Les prix sont calculés selon une formule combinant les prix internationaux du minerai, les prix de l'acier et les coûts de production de Cliffs, ce qui permet de limiter la volatilité.
La société reste confiante dans l'avenir, notamment parce que la croissance de long terme de la Chine et des autres "BRIC" est un facteur de soutien pour l'acier. Des acquisitions ? Cliffs en fera d'autres et dispose pour cela de 800 millions de dollars de trésorerie et de facilités de crédit. Les cibles sont nombreuses et les prix ont baissé. Mais Joseph Carraba confesse un certain attentisme à court terme et surveille attentivement l'évolution du contexte économique américain avant de passer à l'action.