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Petites et grandes nouvelles du monde de la finance : sociétés cotées, sicav, fonds, produits financiers,...

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Le crash du vol U10

Détestées, après avoir été adulées ! Tel est le sort commun à de nombreuses small caps. Qui se souvient encore des ambitions de Cibox Interactive et de son patron Yaacov Gorsd ? Au début de la décennie, il rêvait pourtant de devenir un des ténors du web et certains croyaient que ce statut était à la portée d'un simple assembleur de PC. Ex-star du second marché, la société est toujours cotée, mais capitalise aujoud'hui moins de 10 millions d'euros. Elle est revenue à des ambitions plus raisonnables... sans son fondateur, parti depuis longtemps sous d'autres cieux !

On pourrait multiplier les exemples dans le secteur des technologies (Valtech, Umanis,...) mais ce genre de "starisation" suivie d'oubli touche parfois des secteurs traditionnels (on peut ainsi se souvenir du parcours heurté de Léon de Bruxelles en Bourse).

Mais quand le métier est difficile à apréhender, il est tout de même plus facile de s'emballer... puis de céder à la panique. Si l'on vous dit que U10 est spécialisé dans la conception de rayons clés en mains autour de 7 familles de produits, dont les articles de maison, l'ameublement ou les produits de fête, vous aurez sans doute compris que les clients de la société sont des enseignes de distribution. Mais comment mesurer sa réelle valeur ajoutée ?

Certes, entre 2003 et 2007, U10, issue de la fusion de Codico et L3C, a connu un rythme de croissance impressionnant, son chiffre d'affaires passant de 60 à 210 millions d'euros (soit une multiplication par 3,5). On aurait pu s'alarmer que le bénéfice d'exploitation progresse moins rapidement que l'activité, que l'endettement augmente au fil des acquisitions, ou simplement que le groupe ne soit finalement, derrière un habillage marketing réussi, qu'une banale société d'import/export.

Mais non ! On s'enthousiasme au contraire pour ce patron magicien qui fait croître si rapidement son business. Le cours ne cesse de grimper et sera multiplié par 10 entre le plus bas de 2003 et le pic touché en 2006. Le genre de success story boursière dont on aurait envie qu'elle ne s'arrête jamais. Et peu à peu, à trop regarder un passé sans tâches, les investisseurs finissent par basculer du  pur raisonnement financier vers la foi, dangereuse prémisse de la béatitude. Expliquant pourquoi il avait confié à Madoff les 15 millions de dollars de sa fondation, Elie Wiesel n'a t-il pas eu ce cri du coeur : "nous [sa femme et lui] pensions qu'il était Dieu" ? La suite lui a démontré que l'abus de foi est dangereux pour  la santé financière.

Mais revenons à U10, où il n'est pas question d'escroquerie, mais seulement de confiance aveugle. Comme on sait, les arbres ne montent pas au ciel, et il y a bien un moment où le titre baisse. En septembre 2007, on cote déjà 30% au dessous du record historique, mais on peut encore qualifier la baisse de simple consolidation. Mieux, Apax Partners, grande figure du private equity, entre alors au capital aux côtés du fondateur. De quoi calmer les doutes !

Pourtant, la mécanique de la peur est enclenchée. Non sans raison, d'ailleurs ! Fin 2007, la dette financière atteint 56 millions d'euros, soit 82% des fonds propres, et l'horizon s'assombrit. Pour le titre, ce n'est plus une correction boursière, mais un vol en piqué : il sera divisé par 6 au cours de l'année 2008 alors que le chiffre d'affaires n'affiche finalement qu'un recul de 8,8% sur l'année.

Le groupe vient de publier des résultats annuels en perte de 7,7 millions d'euros, essentiellement imputable à une dépréciation d'actifs concernant la filiale espagnole C3M. Une mauvaise passe, pas encore une catastrophe. Oui, mais la foi n'est plus là ! Et cette publication conduit à une nouvelle chute du titre qui, à quelques centimes près, mérite désormais le qualificatif de penny stock.

Sans doute l'entreprise saura-t-elle rebondir. Mais en Bourse, plus rien ne sera jamais comme avant. Désormais, les investisseurs y réfléchiront à deux fois avant d'acheter le titre et le cerveau prendra le pas sur le coeur. N'est ce pas une bonne nouvelle, finalement ?

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