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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 09:28
Il faut sauver le soldat Twitter

Dans le petit monde des réseaux sociaux, il y a ceux qui vont bien... et les autres. Déjouant les pronostics de John Cannarella et Joshua Spechlere, deux chercheurs de Princeton qui avaient prédit sa mort pour 2017, Facebook affiche pour l'heure une forme éblouissante avec, en 2016, une augmentation de 17% du nombre d'utilisateurs actifs mensuels, un chiffre d’affaires de 27,6 milliards de dollars et une rentabilité d’exploitation de 45% ! Au dernières nouvelles (celle du troisième trimestre 2016), LinkedIn était arrivé à la rentabilité, grâce à un chiffre d’affaires trimestriel frôlant le milliard de dollars. Et puis il y a un petit oisillon qui, à quelques semaines de son onzième anniversaire, reste singulièrement anémique, pour ne pas dire qu’il bat de l’aile. Déjà sorti de la phase de l’hypercroissance (la progression de 14% du chiffre d’affaires en 2016, à 2,5 milliards de dollars, n’est pas réellement spectaculaire), il reste englué dans des pertes assez importantes (457 millions de dollars en 2016).

Pourquoi il faut sauver le soldat Twitter. Les « métriques » économiques de Twitter ne sont donc clairement pas à la hauteur de sa notoriété et de son impact sur nos vies. Grâce à l’ « intégration » de tweets, l’oiseau bleu s’invite de plus en plus à l’intérieur même des médias traditionnels, qui l'utilisent abondamment comme source (et pas toujours au bénéfice d’une information de qualité, il faut l’avouer). Mais voilà que Twitter sert maintenant d’agence de presse à l’homme le plus puissant de la planète, le président des États-Unis, ce @realDonaldTrump qui s’est attiré 24,3 millions de followers grâce à plus de 35.000 tweets émis depuis son inscription sur le site en 2009. S’il faut sauver le soldat Twitter, c’est qu’il tient une place à part. Entre le très sérieux LinkedIn, idéal pour des échanges professionnels policés, et Facebook, endroit rêvé pour montrer à ses amis la photo de son chat ou de son petit dernier, Twitter a une patte unique, avec ce joyeux désordre où coexistent informations sérieuses, grosses poilades et théories conspirationnistes. L’oiseau bleu, c’est à la fois le troquet en bas de chez vous où vous devez subir les assauts verbaux d’un ivrogne invétéré, la jolie fille qui vous fait un sourire en passant sur le trottoir ou le vieux ronchon qui vous bouscule quelques mètres. En un mot, Twitter, c’est la vie. Avec ses incohérences, ses hasards, ses bonheurs ou ses colères. Et tout ce que le monde compte de sociologues ou psychologues devrait s’y intéresser de près.

Un paradis pour sociologues. Des exemples d’enseignements à tirer ? Prenez le compte du célèbre investisseur Warren Buffett, patron du holding Berkshire Hathaway. Il est déjà amusant de voir que l’anti-geek par excellence, celui qui n’avait pas investi dans internet à l’époque de la bulle car « il n’y comprenait rien », se soit senti obligé d’ouvrir un compte sur Twitter. On peut aussi déduire de l’analyse (forcément rapide) du compte @WarrenBuffett que le Monsieur a de l’humour, son premier tweet annonçant sobrement le 2 mai 2013 : « Warren is in the house. » Un vocabulaire qu’on trouverait plus adapté à un rappeur fort en gueule qu'à ce discret et vénérable homme né en 1930. Puisque seuls huit autres tweets ont suivi depuis lors, on peut aussi conclure qu’il ne communique que sur des thèmes qui sont importants pour lui : un tweet avec photo rappelle ainsi que le PDG d’une des sociétés du groupe est... une femme (Mary Rhinehart, à la tête de John Mansville). Mais il y a mieux ! Warren Buffett n’a jamais pris le soin de suivre le moindre autre compte sur Twitter alors qu’il compte 1,23 million de followers. Le message est ici très fort s’agissant d’un investisseur surnommé « l’oracle d’Omaha » : tout le monde suit Warren Buffett mais Warren, lui, ne suit personne !

Le bal des ambitions humaines. Les élections primaires françaises ont aussi été un moment intéressant sur Twitter. Après la primaire, tout le monde est censé se ranger derrière le vainqueur et le soutenir. Voyons ce que cela donne sur Twitter. Le tweet « épinglé » sur la page de Nicolas Sarkozy, le grand perdant de la primaire de droite, reste aujourd’hui celui restituant son discours du 20 novembre 2016, après sa défaite au premier tour. Suivra un tweet le 27 novembre pour adresser à François Fillon ses félicitations et lui souhaiter « bonne chance », puis plus rien ! On a vu des soutiens plus francs et plus massifs. En janvier, le compte @NicolasSarkozy s’est tout de même « rallumé » pour poster une photo de lui en compagnie de Barack Obama (avec texte anglais, s’il vous plaît) puis retweeter un message de soutien de Guy Drut... à la candidature de Paris aux JO 2024. Le compte d’Alain Juppé est resté plus actif que celui de Nicolas Sarkozy depuis les primaires de la droite, mais le mot clé le plus utilisé ces derniers mois serait plutôt #Bordeaux que #TousAvecFillon. La page présidentielle est visiblement tournée. Du côté de la gauche, le compte @manuelvalls ressemble fort à @NicolasSarkozy : le dernier tweet, daté du 29 janvier, jour de la défaite, rappelle la fierté de son titulaire à avoir « servi cinq ans la France » et appelle les lecteurs à être les garants d’une « gauche républicaine, laïque et réformiste ». Les conseils de celui qui se voit encore comme le chef, mais pas l’ombre d’une félicitation ! @montebourg, lui, a évidemment dit bravo au vainqueur le 30 janvier avant de le retweeter le 5 février, mais le cœur n’y est plus. Twitter, miroir de nos sentiments ?

Assurément, et la manière dont les personnes s'y dévoilent, en tentant de se distinguer parmi les centaines de millions de profils livrés aux yeux des internautes, peut en dire long sur une personnalité. Vous pensiez naïvement que Guy Birenbaum était journaliste dans le service public ? Pas du tout, il « perturbe l’antenne de@FranceInfo » ! À l’heure où les politiciens de tous bords se voient comme des rebelles au système, si les journalistes s’y mettent, nous ne sommes pas sortis l’auberge. Mais c’est la vie... comme Twitter. Sauvons le soldat Twitter !

Emmanuel Schafroth, journaliste et auteur du blog newsfinance.fr (@newsfinance_fr)

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 15:18

Au début est l’effarement ! Je suis là en train de vaquer à mon quotidien quand la première flèche me touche, sous la forme d’un post publié sur un réseau social, là où l’on sait bien que l’info et l’intox se succèdent sans ordre protocolaire particulier. Fusillade à Charlie-Hebdo ? En me mettant au volant de l’Autolib qui doit me conduire vers le centre de Paris, je me branche avec plus d’empressement que d’habitude sur France-Info, ma seule vraie drogue avec le café du matin. La confirmation que l’information ne vient pas du Gorafi mais du monde réel tombe comme le couperet d'une édition spéciale. Il est aux alentours de midi et le décompte macabre commence : des blessés, puis 10 morts, puis 11, qui n’ont encore ni nom ni visage. Mais la réalité de l’attaque peut d’autant moins m’échapper que mon cheminement m’amène à passer à quelques dizaines de mètres du lieu où les corps commencent à peine à refroidir. Me voici envahi de gyrophares de sirènes, d'ambulances et de camionnettes de police. Les infos pas encore très étayées se succèdent : ce serait le siège du journal et non la rédaction qui aurait été attaquée.


Pour moi, le film noir connaît alors un entracte, lorsque j’arrive, en retard mais qu’importe, à mon rendez-vous, à l’hôtel de Vendôme. Le luxe, le calme et la volupté d'un salon feutré succèdent au chaos que j’ai laissé derrière moi. Surtout, je me reconnecte avec mon quotidien de journaliste économique. Je suis venu m'entretenir avec un responsable d’une société indépendante de gestion financière dont le succès depuis 10 ans a été tellement phénoménal que je n’ai même pas besoin de la nommer pour que les familiers du secteur la reconnaissent. Bien sûr, mon interlocuteur a eu vent de l’information et nous embrayons la discussion sur la liberté de publier et de penser, mais bien vite, on passe au travail. Face au représentant d’une entreprise au succès indéniable, j’interroge, je taquine, j’essaye de soulever le voile sur les points qui pourraient fâcher. Bref, je fais mon métier et comme j’ai en face de moi un « bon client », qui répond sans détours et sans langue de bois aux questions, la discussion se prolonge pendant deux bonnes heures. Peut-être aussi mon inconscient me fait-il prolonger un peu cet exercice rassurant pour éviter de replonger dans l’horreur.

 

Car l’horreur que je retrouve de manière radiophonique a désormais un nom, des noms, ceux des victimes, du moins des plus emblématiques. Me voici emporté comme tant d’autres dans une sidération mêlée de tristesse et de colère. Rendu à ma solitude, je me sens incapable de travailler, et c'est avec un certain ahurissement que je reçois tout au long de l'après-midi des emails de voeux pour la nouvelle année et communiqués de presse qui me semblent alors si vides de sens. En revanche, la peur n'a jamais réussi à s'inviter dans ce bizarre cocktail émotionnel. C’est sans peur que je suis allé, au soir de cette première attaque, me joindre à tant d’autres place de la République, partagé entre l’envie d’exploser en sanglots et l'interdiction que je me faisais de céder à telle faiblesse, sans peur aussi que je suis retourné manifester dimanche avec cette incroyable multitude. J’ai vu le mot d'ordre « Je Suis Charlie » affiché ou détourné, à côté de messages plus inventifs, comme celui-ci, magnifique : « 12 balles pour un journal, c’est cher. » J'ai vu des juifs et des musulmans rejoindre des chrétiens devant Notre Dame du Perpétuel Secours pour être ensemble. J'ai vu des Allemands, des Italiens, des Québecquois. J’ai surtout vu ces innombrables Français venus comme moi sans bannière, sans Marseillaise et sans slogan, cette majorité silencieuse qui sait se retrouver dans un moment vital, celle aussi, sans doute, qui a fait de l’abstention le premier parti de France. « Les Français sont nuls en slogans », m’a fait remarqué ma copine Laurence, croisée après le défilé. Laurence est française, elle râle. Tout est normal, comme avant les crimes stériles de trois imbéciles.

 

C’est justement cette quiétude qui m’a impressionné. Ce n’était pas une manifestation, c’était un rassemblement, une promenade collective, sans heurts, sans bousculade, sans que personne, à part peut-être un ancien président de la République, ne cherche à jouer des coudes pour passer devant. Si ce rassemblement a dépassé tout ce qu’on a pu connaître dans genre, ce n’est pas tant parce que 50 chefs d’Etat étaient présents, c’est parce que les Français me sont apparus comme cette force tranquille et immense, venue dire aux empêcheurs de penser en rond que leur combat est perdu d'avance. Reste à savoir si nos politiciens, si prompts habituellement à opposer les uns aux autres, quand ils ne manipulent pas la haine, sauront entendre. La France n’est ni un hymne, ni un drapeau, la France est un message assourdissant de sérénité.

 

Emmanuel Schafroth

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 09:28

Nombreux étaient les investisseurs qui guettaient ce matin l'ouverture du cours de Total, après l'annonce du décès brutal de son dirigeant, Christophe de Margerie, dans l'accident de son jet en Russie. Et en effet, le titre a ouvert en assez nette baisse (-2,19%) à 42 euros. Dans la première demi-heure de cotation, le titre revenait à l'équilibre, et le marché à la raison.

 

Oui, Christophe de Margerie incarnait fortement la société qu'il dirigeait et avait à coeur d'améliorer son image écornée par quelques affaires (Erika, Birmanie, etc) autant que de défendre son business. Interrogé ce matin sur Europe 1, Maurice lévy, autre patron français emblématique rapporte cette plaisanterie faite par Margerie au sujet de la réputation de Total : "je vais offrir à tous les Français un paillasson avec Total écrit dessus pour qu'ils puissent s'essuyer dessus". Oui, avec sa truculence et sa moustache gauloise, il était un patron atypique.

 

Mais non, le sort de Total ne dépend pas de sa seule personne et s'il on se souvient de l'histoire, c'est surtout son prédecesseur, Thierry Desmarest (PDG de Total de 1995 à 2007 et aujourd'hui encore président d'honneur) qui a façonné l'entreprise telle qu'elle est aujourd'hui, menant tambour battant la croissance externe avec les rachats successifs de Petrofina et d'Elf au tournant du millénaire.

 

Il n'en reste pas moins que la France est en train de vivre une "transition énergétique" bien différente de celle qu'on attend. Entre le décès de Christophe de Margerie, la démission pour maladie de Luc Oursel, président du directoire d'Areva, le remerciement d'Henri Proglio, remplacé par Jean-Bernard Lévy à la tête d'EDF, et la succession attendue chez GDF-Suez, ce sont les principales entreprises françaises du secteur énergétique qui connaissent des changements managériaux quasi-simultanés à un moment où les enjeux sont particulièrement importants. Certains y verront de grands risques et d'autres, peut-être, un signe du destin.

 

 

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 15:19

C’est le « bad buzz » de la semaine ! Le fabricant de caméra miniaturisées adaptées à la pratique sportive GoPro a dévissé de près de 10% lundi sur le Nasdaq après sa « mise en cause » dans l’accident de ski de Michael Schumacher. Tout est parti d’une banale interview du journaliste sportif Jean-Louis Moncet sur Europe 1 vendredi matin, sur les conditions dudit accident. « C'est le pilier de la GoPro, qu'il avait sur son casque, qui a abimé son cerveau », a-t-il déclaré à l’antenne, d’un ton tout-à-fait anodin. Toujours est-il que le message sous-jacent (c’est GoPro qui a failli tuer Schumacher !) semble avoir eu un écho considérable se répercutant sur le cours de l’action.


Il n’en fallait pas plus pourdéclencher une réaction en chaîne des médias et d’une foule d’experts en communication autoproclamés, comme un certain Florian Silnicki, connu pour inonder la presse des « réactions », « coups de gueules » et autres communiqués « urgents » de ses clients, au contenu souvent plus maigre que ce que leur accroche alléchante laissait espérer. Dans ces « réflexions personnelles » (personnelles mais cosignées avec son associé) reprises par certains médias, ledit communicant fustige l’attitude de GoPro qui a ignoré la rumeur au point de la laisser devenir une information (je vous la fais courte, car le monsieur n’est pas vraiment expert en concision). Bref, selon lui, l’entreprise aurait du démentir l’information avant qu’elle n’ait de conséquences désastreuses sur le cours.


Pour ma part, je me prétends curieux de tout, mais surtout expert en rien, me souvenant toujours de la peu enviable définition du mot faite par le physicien danois Niels Bohr : « un expert est quelqu’un qui a commis toutes les erreurs possibles dans un domaine bien précis ». Mais je crois que cette attitude consistant à vouloir pousser les sociétés à surréagir au moindre stimulus provenant de la sphère médiatique, alimentant ainsi une sorte d’hystérie de l’immédiateté, est hautement contestable. Tout d’abord, il est inimaginable qu’une marque mondialement connue comme l’est GoPro réagisse par un communiqué à chaque évocation de son nom dans un contexte négatif. Précisément, faire trop de place à la moindre rumeur négative lui donne justement une consistance officielle, avant même qu’on soit certain qu’elle constitue une réelle menace pour l’avenir de l’entreprise. Bien que commercialisant des produits très mortifères, les constructeurs automobiles ne communiquent pas pour s’excuser à chaque accident de la route. Et tout cela n’empêche que leur marché ne cesse de croître. Pour durer, une entreprise ne doit pas céder à la surcommunication et l’exemple d’Apple, passé maître dans l’art d’exploiter les rumeurs (positives, celles-ci !) sur ses futurs produits, est édifiant.

 

Pour revenir au cas de GoPro, il est intéressant de noter que la rumeur en question n’est absolument pas nouvelle. Dès février, le journal allemand Die Welt avait d’ailleurs démenti le fait que la caméra soit en cause dans le traumatisme subi par l’ancien pilote de F1. Pourquoi alors le titre a-t-il trébuché en bourse ? Les journalistes recopieurs de dépêches qui veulent absolument accrocher le chaland en parlant de « chute libre » ou d’ « effondrement » du titre, alors même qu’il n’ont aucune information exclusive à leur offrir, seraient bien inspirés d’élargir un peu le spectre de leur analyse. Ils constateraient que, même après son récent décrochage qui l’a ramené mardi soir à 75 dollars,  le cours du titre a plus que triplé depuis son introduction en bourse, à 24 dollars, fin juin dernier. Une coquette plus-value pour les investisseurs de la première heure. Et la vérité, c’est que GoPro avait commencé à baisser AVANT l’intervention de Jean-Louis Moncet. Après un plus haut à 98,47 dollars le 7 octobre, les investisseurs semblent avoir été pris de vertige à l’approche du seuil symbolique des 100 dollars. D’ailleurs, ce que les commentateurs trop pressés oublient de rappeler, c’est qu’un premier coup de semonce avait retenti le 2 octobre, le titre GoPro perdant près de 14% en séance après l’annonce d’un don d’actions de la société fait par le fondateur de GoPro et sa femme à une fondation pour un montant de 500 millions de dollars : une opération perçu par certains comme suspecte car rompant la clause dite de lock-up qui interdisait a priori à Nicholas Woodman de céder des titres aussi peu de temps après l’introduction en bourse.

 

Peut-être les investisseurs ont-ils aussi été sensibles aux publications récentes de certains analystes financiers, comme ceux de Piper Jaffray, émettant désormais un avis neutre sur la valeur (au lieu d’un avis acheteur précédemment) pour la très logique raison que leur objectif de cours de 90 euros avait été touché. La valorisation de GoPro (10 fois le chiffre d’affaires 2013) est très élevée. Comme ce fut le cas pour bien d’autres sociétés bénéficiant d’un engouement médiatique quasi-hystérique (Twitter, Tesla, King Digital), cela en fait un candidat idéal pour les spécialiste du « short trading ». En vendant à découvert un titre, ceux-ci misent sur sa baisse, qui va ensuite leur permettre de l’acheter à un prix inférieur et d’honorer ainsi la vente à laquelle ils se sont engagés. Il est évidemment dans l’intérêt des « shorts » de voir baisser aussi rapidement que possible l’action qu’ils ciblent pour matérialiser leur plus-value. On peut donc compter sur eux pour propager n’importe quelle information négative sur le titre, surtout sachant que le marché est déjà fébrile. C’est peut-être cela qui explique qu’une anodine intervention d’un journaliste sportif sur Europe 1, qui n’est pas forcément le média de référence des investisseurs américains, fasse aujourd’hui le tour de la planète.

 

Finalement, quel enseignement peut-on tirer de l’ « affaire Schumacher-GoPro » ? Le premier que je vois est assez basique. Dix ans après les débuts commerciaux de la société, lorsque Jean-Louis Moncet évoque GoPro, il ne prend pas la précaution de préciser que l’entreprise fabrique... des caméras. On emploie aujourd’hui le mot comme on disait un caméscope, vocable définitivement ringardisé par cette marque aussi jeune que puissante. Est-ce la GoPro ou son mat qui a failli tuer Schumacher ? Je l’ignore. Mais je ne vois pas comment l’affaire Schumacher pourrait tuer GoPro. Une petite visite sur le forum goprofr.fr suffit d’ailleurs à vérifier que les rumeurs et news qui intéressent les aficionados de la marque sont celles concernant la puce qui équipera la future génération de caméra ou la possibilité de diffuser en direct ses images sportives.

 

Quant au chasseur de « bad buzz » Florian Silnicki, il pourrait peut-être appliquer à lui-même ce qu’il conseille aux autres et s’occuper d’une affaire qui le touche directement. Il vient en effet d’’être condamné en appel à 3.000 euros d’amende et à 6 mois de prison avec sursis pour avoir falsifié ses notes pendant trois ans, sortant ainsi vice-major de sa promotion de l’institut de droit et d’économie de Melun. Or, curieusement, sur le site internet de LaFrenchCom, dont cet individu est le cofondateur, on ne trouve aucune réponse à ce « bad buzz » pourtant bien embarrassant pour une agence de communication qui revendique la loyauté parmi ses valeurs. Une « erreur majeure » de com’ ?

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 17:21

C'est l'histoire d'une blogueuse qui n'a apprécié ni l'accueil ni la nourriture d'un certain restaurant du Cap Ferret et l'a dit sru son blog, qualifiant de "harpie" et de "diva" la patronne de l'endroit. Sauf que la patronne en question a porté plainte... et obtenu la condamnation de l'impertinente à 1.500 euros de dommages-intérêts plus 1.000 euros de frais de procédure, pour dénigrement. Pardon, c'est le titre ayant publié l'article qui a été condamné, non la blogueuse, les juges feignant d'ignorer que dans le cas d'un blog, le titre et l'auteur se confondent. On peut s'interroger aussi sur le bien-fondé d'une procédure de référé dans cette affaire : on a beau chercher, on ne voit pas bien l'urgence du cas !


"L'irrégulière" (tel est le pseudonyme de la blogueuse) a sans doute perdu à ne pas se faire assister d'un avocat, qui aurait sans doute pensé à évoquer une jurisprudence de la Cour de cassation affirmant que le dénigrement ne peut se justifier que s'il y a intention de nuire. Quant à la restauratrice, qu'a-t-elle gagné à l'affaire, outre les dommages perçus ? Une réputation, d'envergure nationale, d'endroit où il ne faut pas aller manger. Sur Tripadvisor, 65 des 97 avis postés par les internautes qualifient l'endroit d'horrible et la plupart d'entre eux ont été rédigés postérieurement à la révélation de l'affaire, certains vraisemblablement par des gens n'ayant jamais mis les pieds au Cap Ferret. Sur Google+, Il Giardino se voit octroyer la note moyenne de 1,2 sur 5.

 

Bref, le chiffre d'affaires de l'endroit n'y gagnera sans doute pas. Dommage, car on y mange divinement et que l'hôtesse de lieux est toit simplement une crème. Enfin moi, je dis ça par prudence. Ce n'est pas que je sois près de mes sous, juste que j'en ai besoin pour partir en vacances. Et de toute façon, ce ne sera pas au Cap Ferret !

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 21:19

Moi 0615Il y a quelques semaines, cette société a valu jusqu’à 2 milliards d’euros en Bourse. Aujourd’hui, elle ne vaut sans doute plus rien et va finir en liquidation judiciaire. L’affaire Gowex, du nom de ce fournisseur de réseaux wifi espagnol dont le patron vient d’avouer avoir falsifié les comptes, ne manquera pas de servir d’exemple à tous les détracteurs de la « Bourse-casino ». Mais elle soulève d’autres questions. Car les actionnaires de la société défaillante avaient été prévenus, avant même la ravageuse étude publiée le 1er juillet par le mystérieux cabinet Gotham City Research.

 

L'affaire Gowex n'a surpris que les malentendants

On passera donc vite sur le cas de ceux qui ont eu l’audace, pour ne pas dire la bêtise, d’acheter le titre APRES la publication de l’étude, qui fournissait tout de même à qui la parcourait même rapidement un bon nombre de faits troublants, dont certains parfaitement vérifiables sur les documents même de la société Gowex. Mais des actionnaires plus anciens avaient eu l’opportunité d’écouter des mises en garde comme celle de Thierry Folcher de Trading & IPO, publiée le 13 mai 2014, qui s’étonnait que Let’s Gowex ait plus de revenus que son concurrent Boingo avec moins de spots wifi déployés, ou bien évidemment celle de Sébastien Faijean, d’ID Midcaps, sur BFM, trois jours plus tard (lire notre article précédent), rappelant la valorisation astronomique de la société et jetant le doute sur les normes comptables espagnoles utilisées par Gowex en lieu et place des fameuses IFRS.

 

Quand l'enthousiasme bride l'esprit critique

Oui, les clignotants d’alerte existaient sur le titre. Encore fallait-il accepter de les lire. Or, dans la jungle de l’internet boursier, dès qu’on ose avancer un argument négatif sur le forum relatif à une valeur, le concert de noms d’oiseaux démarre. Anonymement planqués derrière leurs écrans, une cohorte d’ignorants patentés se mettent à qualifier d’incompétents, de loosers, ou encore d’ « ânes à liste » (ô, le beau jeu de mot que voilà) tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, oubliant qu’ils sont parfois des professionnels reconnus, n’ayant certes pas la science infuse mais au moins le mérite d’avoir épluché quelques centaines de business models au cours de leurs années d’exercice. Et surtout, on ravale ces « empêcheurs d’être optimiste en rond » au rang de « bashers », un mot à la mode que je déteste à peu près autant que « selfie », tant il me semble que les mots de « critique » ou d’ « autoportrait » permettent de manipuler les mêmes idées tout en continuant à parler français.

 

Mieux vaut douter que rêver les yeux fermés

En analyse financière, le doute fait partie du jeu et il faut savoir remettre en cause ce qu’on a cru, devant l’évidence des faits. On peut anticiper, croire, espérer, mais lorsque l’on se prend à rêver, la chute n’est plus qu’une question de temps. Il est assez symptomatique de voir certains habitants des forums bousiers tout bonnement conseiller aux critiques d’aller voir ailleurs, puisqu’ils n’aiment pas la valeur concernée. Quoi ? Un forum boursier ne serait donc qu’un club de supporters destiné à crier fort « allez allez » pour que leur valeur fétiche gravisse le col de la Plus-Value jusqu’au sommet comme un grimpeur du Tour de France ? J’ai du mal comprendre le principe, moi qui croyais qu’il y avait là un lieu d’échanges destiné à partager des arguments permettant soit de valider soit d’infirmer la pertinence de l’investissement.

 

Au lieu de « basher » les « basheurs », peut-être faut-il se nourrir de leurs arguments, remettre cent fois, mille fois sur le métier l’ouvrage et s’adonner à ce doute parfois salvateur. Quant aux ruinés de Gowex, j’en suis navré, mais je n’ai pour eux ni larmes, ni fleurs, ni couronnes. Car ils ont été victimes d’un véritable cas d’école : une société au métier somme toute assez banal, à la croissance miraculeuse, à la valorisation astronomique, sur laquelle les signaux d’alerte s’allumaient. On a le droit de croire aux miracles, mais alors il faut rentrer dans les ordres, pas jouer en Bourse.

 

Emmanuel Schafroth

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 13:53

Alstom est une société privée, détenue par des actionnaires qui ne sont d’ailleurs pas seulement français. Mais non, l’Etat français s’escrime a vouloir considérer comme sa propriété ce qu’il  a jadis vendu. L’Etat ? Ou seulement un ministre ? Car il nous semble avoir entendu François Hollande dire, en Allemagne, à l’unisson de « Frau Angela » que le rachat éventuel d’Alstom par GE ou Siemens était avant tout une affaire d’entreprise. Et effectivement, si les fuites de Bloomberg sur les discussions GE-Alstom ont pu donner l’impression que Patrick Kron se jetait sur un coup de tête dans des bras américains, on peut sans doute reconnaître au bonhomme de ne pas être le dernier des imbéciles et d’avoir mûrement réfléchi avant de mener vers les eaux du Connecticut. Mais notre bon ministre de l’économie ne semble pas vouloir comprendre qu’un patron connaisse mieux sa boîte que lui, comme Don Quichotte ne comprenait pas que les moulins à vent ne fussent pas de bien dangereux ennemis.


Don Montebourg s’imagine en seul décisionnaire de la vie des entreprises françaises. Que Vivendi  ait l’audace de vouloir vendre SFR coûte que coûte à Numéricable et le voilà en train de ferrailler vaillamment au côté de Bouygues, défendant la solution la plus destructrice d’emplois en même temps que celle qui a le plus de chance d’être retoquée par Bruxelles pour cause de concurrence. Son coup d’essai se transforme en coup d’épée dans l’eau ? Qu’importe. Le preux chevalier de la Mancha retourne au combat pour défendre Alstom, ce « fleuron » français dont il semble parfaitement ignorer qu’il est dans une situation délicate. Il n’existe pas de droit de veto pour empêcher General Electric d’acquérir les activités énergie d’Alstom ? Mais créons-la, que diable ! Mieux vaut un Alstom allemand et malade qu’américain et en bonne santé. Et mieux vaudrait encore un Alstom français et mort qu’allemand et malade.


En inventant un veto « ad hoc » pour contrer GE, Montebourg ne va pas seulement à l’encontre de la loi, il fait preuve de ce qu’il faut bien appeler... de la bêtise. Donner l’impression que GE ne pourra pas l’emporter au moment même où le groupe se dit prêt de nouvelles concessions pour s’imposre face au camp allemand, c’est laisser Siemens dans le rôle du seul sauveur possible de notre fleuron qui perd ses boulons. Et du coup, le pouvoir de négociation change de camp. Et qui payera les pots cassés ? Les salariés français d’Alstom faisant doublon avec ceux de Siemens et n’ayant pas le puissant syndicat IG Metall derrière eux. En fait de patriotisme économique, on a vu mieux. Là, Arnaud Montebourg, ce n’est plus Don Quichotte, c’est le Gaston Lagaffe de l’économie.

 

Emmanuel Schafroth

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 12:22

"Nous ne sommes pas sur un plateau de télévision." Selon l'hebdomadaire Challenges de cette semaine, c'est ainsi que Jean Pisani-Ferry a vertement répliqué à l'évocation par l'économiste Christian Stoffaës, le 8 avril dernier, d'une proposition de dévaluation de l'euro à la première réunion d'un nouveau think tank franco-allemand lancé par le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble. La question de la force de l'euro ne serait donc qu'un sujet pour plateau de télévision ? Il semble pourtant qu'elle mérite d'être posée, sans préjuger de la réponse à apporter.


Mais au fait, qui est Jean Pisani-Ferry ?  Réponse : le prototype même de cette France qui pense plus qu'elle n'agit. Fils de l'ancien ministre et commissaire européen Edgar Pisani, il est à la tête du Commissariat général à la stratégie et à la prospective, qui a remplacé en 2013 à la fois le Centre d'analyse stratégique (lequel avait lui-même succédé au Commissariat général du plan) et le Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale. Une fusion de machins dont il faudra m'expliquer ou me réexpliquer un jour à quoi ça sert.


Hormis cela, Jean Pisani-Ferry est directeur du think tank belge "Bruegel", membre du Cercle des économistes et du Conseil d'analyse économique, membre du conseil d'administration d'un autre think tank fondé par Jacques Delors (Notre Europe) et encore membre du conseil d'orientation du think tank "En temps réel". Bref, un vrai cumulard du jus de crâne, qui pense partout où on lui permet de penser. 

 

On peut se poser la question de l'intérêt à multiplier les think tanks si c'est pour y retrouver toujours les mêmes. Mais surtout, quel intérêt à penser autant si c'est pour en arriver à traiter de "sujet de plateau de télévision" un problème aussi pragmatique (à l'attention des penseurs d'origine française qui peuvent s'être glissés parmi mes lecteurs, je signale que le pragmatisme est une école philosophique qui consiste à s'intéresser à la réalité) que la vigueur de l'euro.

 

Des penseurs brillants qui prévoient ce que sera le monde dans 60 ans (des Jacques Attali, on n'en manque pas en France. Mais comme le réplique Maurice Biraud à Charles Aznavour dans le film Un taxi pour Tobouk, savoureusement dialogué par Audiard, "deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche". Et encore, au sein de la population française, le ratio intellectuels/brutes est beaucoup plus favorable aux premiers.

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 17:53

chancellerie.JPGS'il existait un prix du plus mauvais gestionnaire immobilier, la Cour des comptes aurait sûrement un candidat à proposer.. la Chancellerie des universités de Paris.

Il existe trente chancelleries de ce type en France : ces établissements publics nationaux ont été créées au début des années 1970 pour gérer le patrimoine immobilier des universités mais la plupart d'entre elles ont un budget annuel inférieur à 50.000 euros : un signe de leur peu d'utilité, souvent limitée à la représentation des recteurs d'université. Cela semble justifier le fait que la Cour des comptes demande de longue date leur suppression, étant même allée jusqu'à une procédure de référé en 2008. Sans suite pour l'instant !

 

Une gestion immobilière complaisante

La Chancellerie des universités de Paris en charge du patrimoine immobilier de 13 universités franciliennes, est d'un autre calibre, avec 60 agents et 14 millions d'euros de budget. Un chiffre assez astronomique, au regard de l'évaluation du patrimoine géré (123 millions d'euros). Et surtout, la Cour des comptes juge de manière assez sévère des quelques 15.000 mètres carrés de patrimoine ainsi gérés, dont les deux tiers sont composés d'habitations : leur location a rapporté des revenus bruts de 3,2 millions d'euros en 2012. Une fois les charges déduites, cela équivaut à un rendement net inférieur à 1,5% ! Cela s'explique par la pratique de loyers systématiquement inférieurs à la moyenne du marché immobilier et parfois même inférieurs aux prix les plus bas.

Pourquoi des tarifs si gentils ? Peut-être parce que les locataires ne sont pas choisis au hasard. Il s'agit par exemple d'un obscur ancien secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur, Jean de Boishue, qui bénéficie d'un F6 de 93 mètres carrés bien situé dans le 6e arrondissement, rue Jacob, pour un loyer de 1.912 euros par mois : c'est certes une somme mais dans le cas de fourchette pour ce quartier. Un ancien vice-chancelier des universités de Paris occupe, lui, un F4 dans le beau 16e arrondissement, rue de l'Annociation, à deux pas de l'église Notre-dame de grâce de Passy. Son loyer de 1570 euros pour 115 mètres carrés est 30% inférieur aux prix les plus bas constatés dans ce quartier... une vraie bénédiction !

 

Des squatteurs très officiels

Mais un locataire fait bien mieux encore avec son appartement de 61 mètres carrés jouxtant la Sorbonne, qu'il paye 76,28 euros par mois. Le rêve de tout étudiant parisien ! Et la preuve qu'être fils de recteur procure quelques avantages, qui courent même après le décès de son géniteur. La Chancellerie des universités de Paris héberge même un squatteur. Le Centre régional de documentation pédagogique occupe un de ses immeubles (enrore rue Jacob !) depuis seize ans sans avoir versé le moindre sou : manque à gagner pour la Chancellerie : 2,6 millions d'euros. Celle-ci avait bien engagé une procédure de recouvrement pour plus de 800.000 euros, avant de l'annuler. On se demande bien pourquoi.

Dans sa mauvaise gestion immobilière, la Chancellerie semble avoir un acolyte assez doué avec France Domaine, service de la Direction générale des finances publiques notamment chargé des cessions, de la gestion et des biens immobiliers de l'Etat. Il est largement reconnu que les cours de l'immobilier sont plus stables que ceux des actions cotées en Bourse... sauf quand c'est France Domaine qui estime la valeur d'un bien !

 

Un patrimoine valorisé au doigt mouillé ?

L'immeuble détenu par la Chancellerie au 15 rue Champollion, à Paris a ainsi vu son estimation doubler entre 2010 et 2011. Mieux encore, les biens du domaine de Richelieu ont été évalués à 28,4 millions d'euros en 2011, contre 3,52 millions en 2010. 700% de plus-value en un an, qui dit mieux ? Et justement, on a encore plus fort, avec une ferme désaffectée et ses dépendances, dont on se demande bien ce qu'elle a à voir avec les universités parisiennes : son estimation a été multipliée par plus de 80 en un an, passant de 40.000 euros (pardon, 39.900 pour être exact) à 3,26 millions. On dit que les Français sont fâchés avec la finance... c'est vrai jusque dans les couloirs de l'Etat. Quant à la préconisation de la Cour des comptes concernant cette Chancellerie chancelante, elle est simple... il faut la supprimer !

 

Emmanuel Schafroth

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 14:27

La commedia dell'arte italienne avait Pantalon et ses pantalonnades, la politique française, elle, a Jean-Luc Mélenchon. Et sa dernière mélenchonnade vaut son pesant de CAC40, avouons-le. Semblant déjà las de dénoncer "l'assassinat" de Clément Méric (ou jaloux de cette gueule d'angelot à la Rimbaud érigée au rang de symbole de pureté et qui lui échappe donc), le voilà déjà passé à un autre combat épique... la défense de Jérôme Kerviel, petit poucet trader "victime" du grand méchant loup financier, rien de moins.


Mélenchon ressemble de plus en plus, dans sa manière d'appréhender les médias, à un petit Sarkozy (pléonasme ?) de gauche. Les deux semblent partager au moins un credo : pour exister en politique, mieux vaut dire une énormité par jour que de fermer sa gueule un jour sur deux. Si l'espace médiatique existe, n'est-ce pas pour être rempli ? Que ce soit d'intelligence ou de conneries, après tout, qu'importe.

 

Dans le genre "vessie qu'on veut nous faire passer pour une lanterne", celle-ci est jolie. Camarades traders de tous pays, unissez-vous... tout est de la faute de la toute-puissance de la finance, ce système qui vous spolie en vous servant des émoluments se chiffrant en centaines de milliers d'euros, voir en millions d'euros par an. Ben voyons ! C'est plus de la grosse ficelle, c'est du câble de remorqueur breton ! Le propre des escrocs est de pousser jusqu'aux extrémités l'invraisemblance : plus c'est gros, plus ça passe. Et Jean-Luc y va fort : Kerviel, c'est tout simplement Dreyfus, ce natif de Pont-l'Abbé étant sans aucun doute la victime d'un anti-bretonnisme primaire. Notre bon Jean-Luc, bien sûr, explique sa posture : "j'ai dit que ma prise de position [aux] côtés [de Jérôme Kerviel] était aussi incongrue que celle du socialiste Jaurès aux côtés du capitaine monarchiste qu'était Dreyfus", explique-t-il au Parisien Magazine. Une dernière mélenchonnade qui nous donne le fin mot de l'histoire. Ce n'est pas tant que Mélenchon voie véritablement en Kerviel un nouveau Dreyfus, c'est qu'il s'imagine, qu'il se rêve, qu'il se projette comme un nouveau Jaurès. Et demain, qui sait, empereur des Gaules, César, Napoléon.

 

 

A force d'enfler, les chevilles de Jean-Luc doivent être aussi rouge que sa cravate, qu'il nous laissera peut-être en héritage, comme Pantalon nous a laissé ces culottes longues que le préfet de police Dubois eut le bon goût d'interdire aux femmes un certain jour de brumaire 9. Mélenchon nous laisse aussi cette désagréable impression que la politique, c'est rien que de la com' !

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